la marée des mots

« L’autre mer » d’Annie Lenoir et Estelle Lépine

Mêlant peinture et texte, « L’autre mer » est une installation d’Annie Lenoir et Estelle Lépine. Elle  met en miroir le voyage des hommes qui partent sur la mer et celui, non moins réel mais tout intérieur, des femmes qui les attendent. A voir à la Caen, à la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville.

 

Annie Lenoir, plasticienne, et Estelle Lépine, auteure, ont souhaité travailler, chacune à leur manière mais dans un dialogue fécond, sur le rapport entre les hommes qui partent sur la mer et les femmes qui restent et les attendent.

Ce thème, elles l’ont décliné dans une installation peinture-texte-voix, intitulée « L’autre mer ».  Une mise en miroir de peintures met en scène la mer dans sa dimension violente ou apaisée. Cette dimension se lit aussi à travers des portraits serrés de visages de femmes ; des fragments de texte où chaque phrase est travaillée par le souffle de la mer et la longueur du temps. Ces mots ont été enregistrés par des comédiennes. Leurs voix chuchotent aux oreilles des visiteurs le secret des femmes qui attendent.

C’est donc une expérience sensorielle et poétique qui est proposée, un embarquement pour une expérience des remous, qu’ils soient physiques ou intérieurs.i

C’est la possibilité d’être à la fois sur le pont venteux d’un monstre des mers et dans l’intimité d’une cuisine, sur les vagues et sur la terre ferme, dans l’épaisseur physique des toiles et l’impalpable des voix.

D’être, en somme, dans l’expérience de celui qui part et de celle qui reste, finalement pas si éloignées. Car ce qu’affronte cette femme, n’est-ce pas une autre mer, invisible et ravageuse?

Ainsi, à travers ce duo, Annie Lenoir et Estelle Lépine poursuivent l’évocation poétique, intimiste et émouvante, des histoires de familles de marins si présents en Normandie.  (« … elle sait les histoires de femmes aux cheveux blanchis en une nuit, si un jour la mer l’engloutissait, elle en est sûre, elle serait de celles-là… Extrait d’un texte d’Estelle Lépine. Photo: « Bateau rouge » d’Annie Lenoir, 2015, acrylique sur toile, 50x70cm.)

 

L’exposition, mise en place à l’occasion de la Marée des Mots, est visible au rez-de-chaussée de la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville, à Caen, du vendredi 6 octobre jusqu’au dimanche 15 octobre inclus. Entrée libre.

 

 

Estelle Lépine, des mots pour le dire

Estelle Lépine est auteure pour le théâtre et la jeunesse. Elle cherche dans l’écriture à trouver les mots des voix silencieuses, et du vécu des corps. L’écriture, pour elle, vient avant tout de là, de l’indicible des sensations, des empreintes corporelles, de nos présences vibrantes.

Elle aime travailler la phrase comme une matière vivante, qu’on étire, qu’on brusque, qu’on suspend. En cela, elle fait le parallèle avec le mouvement du pinceau et l’épaisseur de la peinture travaillée sur la toile.

Pour ce projet, elle s’est promenée entre les tableaux d’Annie Lenoir et les plages normandes, afin de tendre vers une langue portée par le rythme de la mer. Elle a également travaillé au montage sonore du texte lu par deux comédiennes amies _ Emmanuelle Azeroual et Emmanuelle Pavon-Dufaure _, cherchant à créer une fréquence intermédiaire entre voix et silence. Peut-être la fréquence du secret.

Estelle Lépine a longtemps animé des ateliers d’écriture, convaincue de l’ancrage profond du besoin des mots dans la vie de chacun et chacune.

Elle a publié « Sans voix » (éd. Cahiers de l’égaré) et, pour la jeunesse, « E comme émotion » (éd. du Rouergue) et « Demain l’année prochaine » (éd. du Seuil).

 

Annie Lenoir, l’art en mouvement

 

Pour Annie Lenoir,  l’art est partout, dans le moindre recoin du quotidien. Il suffit de regarder et il faut le consommer sans modération.

Elle récupère par conviction. Sa formation de designer-objet aux Beaux-Arts lui inspire de la rigueur dans ses compositions. Et le mouvement, toujours présent dans ses travaux, lui vient de sa passion pour la danse.

 

Annie Lenoir. (DR).

Parallèlement, le corps féminin est pour elle un support de résonances intimes. C’est ainsi que ce regard sur la femme l’a amenée naturellement vers celui du sort de la femme du marin.

L’expérience d’un voyage en cargo avec son conjoint, alors officier de marine marchande, a renforcé son imaginaire, fantasmé ou inspiré du monde maritime.

Annie Lenoir travaille en freelance autour du graphisme, de la décoration, de l’illustration et de la peinture, pour laquelle elle expose régulièrement en solo ou en collectif.

Par goût pour l’échange humain et la pédagogie, elle a enseigné pour des niveaux et milieux variés.

Dans le domaine du loisir, elle a créé des ateliers et stages d’arts plastiques qu’elle anime aujourd’hui à Tandem (Centre culturel à Caen) et en bord de mer à titre personnel.

 

www.lenoir.annie.free.fr

 

 

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